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dimanche 19 février 2017

Marin Ledun : la guerre des vanités.



Tournon, dix mille habitants, petite ville de la vallée du Rhône recroquevillée sur elle-même et balayée par le souffle glacial du mistral. Immobile, presque éteinte. Jusqu’à ce qu’une série de suicides d’adolescents vienne perturber le fragile équilibre de la cité et libérer les vieux démons qui y sommeillent.

Le lieutenant Alexandre Korvine est dépêché sur place pour enquêter. Plus habitué à traquer les dealers et à pratiquer des autopsies qu’à fouiller les placards et feuilleter les albums de famille, il entame rapidement une descente aux enfers. Trois jours de chasse à l’homme qui voient la ville mourir à petit feu et entraîner ses enfants dans un processus autodestructeur. Trois jours de chaos au cours desquels Korvine, usé, hanté par son propre passé et au bord de l’explosion, se transforme en missionnaire pour tenter de percer le secret qui ronge les parents des suicidés.

Un secret en forme de nature morte, composé de portraits en trompe-l’œil. Mensonges par omission, suspects commis d’office, vidéos compromettantes et étranges résultats d’analyses médicales. Une guerre que Korvine doit mener seul sans jamais céder un pouce de terrain, quitte à se transformer en bombe humaine au service de la vérité. Là où précisément tout se complique…

Tournon est une petite ville jouxtant le Rhône. Comme toutes les métropoles, elle possède ses particularités. En effet, s'il semble y faire bon vivre, des bataillons de gamins s'y suicident pourtant par paquets de douze dans un laps de temps proche du temps de saillie du homard. Qui se défenestrant, qui s'ouvrant les veines, qui visionnant les conférences de Ribéry en boucle, c'est à la guise de l'imaginaire...
Le lieutenant Korvine, tout comme la jeunesse de Tournon, est malade. Cancer. Dans sa poche, les derniers résultats d'examens qu'il se refuse d'ouvrir. Il en connaît déjà la sentence, définitive. A Tournon, il se trouve également en pays de connaissance. Quatre ans d'internat. Quatre ans d'enfer. C'est dire s'il porte la ville et ses habitants dans son coeur. Il y revient à contre-coeur pour un dernier baroud d'honneur. le nombre de suicidés poursuivant toujours son décompte infernal...
Dix pages, pas plus, pour devenir accro au récit.
Des phrases courtes, sèches, qui vous pilonnent le cortex. Un contexte malsain en diable. Un scénario rythmé et totalement anxiogène. Ledun frappe fort et juste !
Oui mais voilà, si le canevas passionne, sa finalité laisse en bouche comme un p'tit arrière-goût d'inachevé. Korvine, flic direct et désabusé plutôt sympathique, voue une passion sans bornes au tournage en rond et au plantage récurrent dans les grandes largeurs. Tout comme soeur Anne, il ne voit rien venir. Un léger problème de myopie j'imagine...
La question qui me taraudait tout au long de cette lecture : « Comment Ledun allait-t-il retomber sur ses pattes tout en se révélant plausible ? ».
J'attends toujours. Tournon a délivré ses secrets. Il reviendra à chacun de considérer la résolution de cette enquête comme potentiellement vraisemblable. En ce qui me concerne, n'était un ultime chapitre alambiqué, cette guerre des vanités tapait dans l'excellence pour finalement se contenter du très bon !
Korvine a livré bataille. Un combat obsessionnel, âpre et sanglant. Désormais Tournon compte ses morts dans la douleur, la honte et le recueillement.

samedi 18 février 2017

Jean Teulé :



Un jeune poète à la rencontre d’un grand poète.

Natif de Béziers, Henri-Albert Cornuty habitait la ferme de ses parents quand son oncle lui offrit pour son quinzième anniversaire les Poèmes saturniens de Paul Verlaine. Cette lecture le troubla si fort que, sans prévenir qui que ce soit, il partit pour Paris rencontrer son idole. Il fit la route à pied et rencontra Verlaine au premier jour de l’automne 1895. Il ne le quitta plus jusqu’à sa mort trois mois plus tard.

Les derniers mois de la vie de Verlaine : alcoolique grandiose, amant frénétique et désordonné (« J’ai toujours été amoureux d’un sexe ou deux… »), bigame maltraité par ses deux compagnes, il tituba jusqu’au tombeau entre l’ignominie et le sublime…

La vie de Verlaine fut extravagante mais les derniers mois de sa vie touchèrent au surréalisme. Il n’avait que cinquante et un ans, perclus de maux : syphilis, altération sanguine, diabète, souffle au cœur, cirrhose du foie, erysypèle infectieux, hydarthrose, pneumonie (il fallut ajouter une seconde pancarte au pied de son lit d’hôpital pour en dresser la liste complète). Et c’est au moment où il ne lui restait qu’une poignée d’admirateurs inconditionnels (dont le préfet Lépine qui interdit aux policiers du Quartier latin d’arrêter Verlaine quelles que soient ses frasques), au moment de la pire déchéance matérielle et morale, au moment où les gloires de l’époque l’accablaient de leur mépris, qu’une vague de sympathie naquit chez les étudiants qui, en quelques mois, en firent leur idole. Ils aimaient sa liberté de ton, la force de ses anathèmes, le désordre de sa vie, le génie de sa poésie. Ils se battaient pour l’écouter dans les cabarets, étripaient les mauvais esprits qui ne partageaient pas leur passion, encombraient sa chambre d’hôpital pour l’écouter déclamer et lui assurèrent à sa mort des funérailles grandioses.


j'ai souris quelque fois mais je n'aime pas le style de Jean Teulé. Une écriture d'écriture tellement stylée (stylisée) qu'on ne peux jamais oublier que l'on lit de l'écrit impossible d'entrer dans l'histoire de s'oublier.

jeudi 9 février 2017

Laurent Binet : La septième fonction du langage



« A Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »

Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L'hypothèse est qu'il s'agit d'un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l'époque, tout le monde est suspect...;

L'éclate absolue!
Quel romaniste, quel linguiste, quel philologue n'a pas rêvé dans son moi le plus intime, dans son for le plus intérieur, dans son jardin le plus secret, de mettre aux prises les descendants de Jakobson dans un jeu de massacre bien ordonné et de les envoyer se faire ...lanlaire avec les fonctions référentielle, expressive, phatique, métalinguistique, conative (non, ce n'est pas une grossièreté!) et enfin poétique du langage...quitte à en imaginer une septième, de fonction, qui les sublime toutes: la fonction "magique" qui confère à son utilisateur la maîtrise absolue dudit langage.
Le pouvoir par le verbe. L'arme de séduction massive, la bombe H (HhH) des politiques aux dents longues...ou limées!!
Grâces soient rendues à Laurent Binet qui dans ce thriller parfait, tordant, bourré de malice, truffé de pastiches, sautillant gaiement d'une citation détournée à une allusion épicée, nous mène grand train dans le microcosme allumé des structuralistes en pleine déconfiture!
Voyons plutôt les protagonistes :
-à ma gauche, l'élite intellectuelle de l'époque: Barthes, fraîchement écrasé- mais est-ce bien un accident, cette camionnette conduite par un Bulgare qui roule si visiblement les rrr qu'on ne peut ignorrrrer son orrrrigine?- Foucault, chaudement sorti des back doors des saunas qu'il affectionne ( une des scènes les plus hilarantes du livre, qui n'en manque pas!!) - Kristeva, sacrificatrice aux yeux noirs, Sollers, bouffon pathétique et cocasse -ah, ah, oh oh, - sautant du coq à l'âne sans effort et sans vergogne ( zeugma)- BHL, (mais oui, BHL: "Le lecteur, glisse Binet, s'étonnera peut-être de la présence de BHL mais déjà à cette époque, il est dans tous les bons coups" , et quand il ne veut pas se faire remarquer -rareté!- il déboutonne une chemise noire, incognito...). J'allais oublier Althusser qui rêve d'étrangler sa femme...et va bientôt passer aux actes, Derrida qui fait cavalier seul, Deleuze, le sémillant sémiologue, maître Ecco, grand ordonnateur de débats rhétoriques digitophages ( comprenne qui lira...), sur fond d'attentat fasciste en gare de Bologne... Rien que du beau linge, on vous dit!!
-à ma droite, les politiques : Giscard , tout chuintant de suffisance aristocrate et auvergnate, mais pas sûr de battre encore une fois le candidat malheureux de la gauche, aux dents pas encore limées: Mitterrand, cet "homme du passé" qu'il a si bien mouché aux élections précédentes...
Voilà pour ceux que l'on a déjà "vus dans de précédents épisodes "et qu'on reconnaît au passage, pour notre plus grande délectation..
Mais il y aussi les deux enquêteurs- on vous l'a dit, c'est un polar, il y a mort d'homme- le couple classique des policiers, Double-Patte et Patachon, le petit méchant et le grand gentil, le bas-du-front -presque -national et le sémiologue distingué , assistant à Vincennes. Il y a celui qui devient un as du Rubikube et celui qui décode signes et faux-semblants avec la dextérité d'un Sherlock Holmes...
Double enjeu:
-qui mettra la main sur le billet où Barthes a consigné cette 7ème fonction mythique que tous recherchent et qui déclenche une avalanche proprement impressionnante de morts violentes dans le Landernau structuraliste?
-qui gagnera les élections présidentielles de 81?
D'accord, ce deuxième suspense n'en est plus un pour nous...mais quelle formidable idée d'avoir mêlé l'un à l'autre...et de voir les rivalités intellectuelles et politiques régies par la même sauvagerie, la même soif de reconnaissance, les mêmes dévouements zélés ou serviles...
J'avais déploré dans HHhH que Binet se soit un peu emmêlé les pinceaux dans le récit et le méta-récit, pour reprendre le jargon structuraliste à l'honneur, mais ici l'ironie ne nuit en rien à la poursuite de l'intrigue, elle s'y intègre merveilleusement au contraire: on se régale, on rit, on est épaté de tant de pertinence et d'impertinence, ravi de revisiter sur le mode parodique ces "maîtres-penseurs" des années 80, de parcourir avec alacrité et une joyeuse férocité les grands événements politiques de ce début de décennie...
Un livre formidable de drôlerie, d'intelligence et d' inventivité!!
J'ai vraiment adoré (fonction expressive ou émotive) et je vous le recommande chaudement (fonction conative), si vous voyez ce que je veux dire (fonction métalinguistique)?

jeudi 2 février 2017

Patrick Ness : Et plus encore




Dès les premières pages : Seth, 17 ans, se noie dans l'océan déchainé. Il meurt. Scène suivante, il se réveille (après combien de temps ?) nu, seul dans une rue déserte sauvagement couverte par une nature qui a repris ses droits… Où est-il ? Est-ce l’Enfer ? Un autre monde ? Une hallucination ? Cet endroit lui est-il vraiment étranger ?

Par la suite Patrick Ness nous plonge dans les pensées de Seth, sa vie d’avant nous apparaît en flash-backs, et son « présent » mystérieux se déroule sous nos yeux. Hypnotique et haletant, le suspense nous tient d’un bout à l’autre du récit !Estampillé « jeunes adultes » (publié par Gallimard Jeunesse), rien n'est pourtant plus réducteur que de cantonner ce récit à cette frange de lecteurs tant il pourra enthousiasmer tous ceux qui aiment les intrigues pleines d'intelligence et d'imagination.
Roman totalement inclassable, entre récit de SF (à la philip K Dick) et d'introspection, d'action , de fantastique (à la Stephen King période "Insomnies" de sensations, Et plus encore ouvre un nombre incalculable de portes. Des portes vers une meilleure connaissance de soi à travers une intrigue qui dose parfaitement les ingrédients narratifs. Les pages tournent et tournent, les portes s'ouvrent et s'ouvrent, sans qu'il soit possible de s'imaginer ce qui se présentera à nous ensuite.
Après une scène d'introduction d'une rare intensité (le personnage principal se noie et meurt…), Patrick Ness nous plonge(…) dans des méandres de perplexité. le jeune homme se retrouve, après sa noyade, dans un environnement qui lui semble familier ; un environnement en totale décrépitude, ambiance post-apocalyptique.
Réalité, rêve, ou enfer personnel ? L'auteur va jouer avec cette idée (et nos nerfs). Car Ness n'est pas du genre à nous servir les informations sur un plateau (d'où le fait que ce livre est bien plus profond que nombre de lectures pour jeunes adultes). Son univers très riche, bourré d'embûches est autant un espace d'action que de réflexions. le tout fortement saupoudré d'émotions.
« La vie, la seule chose qu'il te reste à faire c'est trouver une façon de la vivre ». La morale est simple, mais le chemin long pour y parvenir. Attention de ne pas se prendre une porte en pleine poire.
Une histoire prenante, Et plus encore…, découpée en quatre parties d'inégales intensités. Magnifié par l'écriture hautement expressive de Patrick Ness, le roman dégorge d'émotions fortes, positives et négatives. Une plume qui sait être travaillée lors de passages d'intériorisation, et directe quand il faut faire bouger le lecteur.
Un récit sombre, violent parfois, émotionnellement chargé, mais qui fait vivre l'espoir. Une histoire qui parle de l'adolescence et de ses tourments. Un étonnant mélange de terreur, d'amour et de quête de sens d'une belle intelligence, que porte Patrick Ness à bout de plume.
C'est donc une nouvelle réussite d'un auteur qui mérite amplement les différents prix littéraires accumulés au cours de sa carrière.

lundi 30 janvier 2017

Val McDermid : Châtiments


7,5/10
Parmi tous les criminels que le professeur Tony Hill a mis derrière les barreaux, il en est un qui a particulièrement influencé sa vie et sa carrière. Un tueur en série plus diabolique que tous les autres. Un tueur en série qui a le don de lui glacer les sangs : Jacko Vance.
Et aujourd'hui Jacko est de retour. Encore plus retors qu'avant, il veut prendre sa revanche sur Tony -et sur l'inspectrice Carol Jordan- pour les années qu'il lui a fait passer en prison.
Tony ne sait ni où ni quand le tueur va frapper. Touts ce qu'il sait, c'est que sa peur ne connaîtra plus de limites et que Jacko va user de tous les moyens pour détruire sa vie.

Lasse de vivre avec la menace continuelle d'une dissolution de son unité, Carol Jordan a accepté la proposition de Tony Hill de le suivre à Worcester. Mais pas question de quitter Bradfield sans un coup d'éclat ! La BEP veut finir sur un succès et l'occasion va lui être donné de briller avec la découverte particulièrement macabre du cadavre d'une prostituée. Une affaire tout à fait dans les cordes de Carol, de son équipe et bien sûr de Tony Hill qui, même s'il est écarté de l'enquête pour cause de destruction restrictions budgétaires, ne peut s'empêcher d'y mettre son grain de sel. La brigade est sur le pied de guerre pour offrir à Carol une sortie digne d'elle. Mais ce beau projet va être mis à mal par un événement inattendu : l'évasion de Jacko Vance, le tueur en série machiavélique qui a juré de se venger de tous ceux qui ont contribué à l'arrêter. Carol et Tony sont dans sa ligne de mire.
Un septième tome haletant marqué par le grand retour de Jacko Vance rencontré déjà dans La fureur dans le sang. le séduisant et charismatique ex-athlète, ex-présentateur télé, emprisonné pour une longue série de meurtres, a eu largement le temps de préparer son évasion et de mûrir sa vengeance. Riche à millions, intelligent et malin, bénéficiant de l'aide de ceux qui croient toujours en son innocence, le psychopathe sans scrupules a un plan méthodique pour faire souffrir et éliminer tous ceux qui lui ont fait perdre de précieuses années derrière les barreaux. Et il va réussir son coup, touchant Carol et Tony dans ce qu'ils ont de plus cher. Touché mais pas anéanti, le duo de choc enquête sur le meurtre en série de prostituées tout en participant activement à la recherche de Vance.
La fin annoncée de la BEP donne lieu à un tome riche en suspens et en rebondissements avec un final qui laisse planer le doute sur la pérennité de la relation Carol / le roman est assez bien ficelé, il y a beaucoup de suspense dans l'intrigue et jusqu'à la fin, le lecteur se demande si les enquêteurs vont réussir à arrêter les deux tueurs en série qui rodent.

samedi 21 janvier 2017

Robert Galbraith : La carrière du mal






Lorsque Robin Ellacott reçoit ce jour-là un mystérieux colis, elle est loin de se douter de la vision d’horreur qui l’attend : la jambe tranchée d’une femme.

Son patron, le détective privé Cormoran Strike, est moins surpris qu’elle, mais tout aussi inquiet. Qui est l’expéditeur de ce paquet macabre ? Quatre noms viennent aussitôt à l’esprit de Strike, surgis de son propre passé. Quatre individus capables les uns comme les autres, il le sait, des plus violentes atrocités.
Les enquêteurs de la police en charge du dossier ne tardent pas à choisir leur suspect idéal – mais Strike, persuadé qu’ils font fausse route, décide de prendre lui-même les choses en main. Avec l’aide de Robin, il plonge dans le monde pervers et ténébreux des trois autres coupables potentiels. Mais le temps leur est compté, car de nouveaux crimes font bientôt surface, toujours plus terrifiants…




Quel bonheur de retrouver dans ce troisième volet, Cormoran Strike et Robin Ellacott, respectivement détective privé et secrétaire ,[même que si elle me lisait, elle serait furieuse, elle ,qui aimerait tellement devenir associée...]
Car elle est parfaite Robin, surtout lorsqu'elle reçoit à son bureau un colis dans lequel se trouve une jambe de femme...
Vu le contenu du colis et considérant la particularité physique de notre détective (qui a été amputé lors d'une explosion alors qu'il servait son pays ), l'affaire prend tout de suite une tournure personnelle . Cormoran envisage quatre suspects , mais la police est un peu molle...
Quatre pistes pour nos deux héros , ça fait beaucoup de suspects à retrouver, à surveiller , d'autant plus qu'il faut continuer à faire tourner la boite , car les finances ne sont pas au beau fixe malgré la toute récente célébrité de Strike .
Et s'il n'y avait que le boulot, mais Robin a aussi son mariage à préparer.
( Ou pas !!!!).
Mariage , dont la date est prévue un mois après celui de Kate Middleton , si seulement il a lieu ... Parce qu'entre le boulot (terrible ), le fiancé (pas terrible) et Strike (terrible aussi !), on ne sait plus s'il faut se réjouir ou pas pour Robin.

Comme dans les autres romans, l’écriture est fluide et nous entraîne directement dans l’action. Malgré le poids du bouquin (qui fait mal aux mains !), on ne peut plus le lâcher. Les pistes s’enchaînent, avec le point de vue du meurtrier qui vient rajouter un peu de piquant. J’ai également appris des choses, notamment sur les gens dont l’unique besoin dans leur vie est de se faire amputer (ça existe en vrai, si, si) ce qui paraît évidemment très étrange. Et plutôt trash aussi, c’est d’ailleurs le roman qui l’est le plus (à part la scène gore du meurtre dans le précédent), à cause de cet étrange besoin qu’ont ces gens de se découper en morceau et le meurtrier de garder des trophée de chair.

Ce roman est donc plus sombre que les deux premiers, mais il va aussi plus loin dans la psychologie des héros, surtout lorsqu’ils doivent faire des choix sur leurs vies !

Un très bon troisième tome, qui ne m’a pas déçu !

Alors, je vais être claire: j'ai TOUT aimé !
L'enquête, le suspens, les rapports entre nos deux enquêteurs , les révélations sur le passé des uns et des autres, la richesse des personnages secondaires, les thèmes abordés .
J'ai trouvé jubilatoire le parallèle entre le mariage princier et celui de Robin

Antonio Muñoz Molina : Fenêtres de Manhattan




Antonio Muñoz Molina est ici écrivain et personnage des rues de Manhattan, parcourues sac au dos et crayon à la main pendant des mois, de musées en cafés, de marchés en théâtres, de quartiers en galeries d'art et en librairies.

Ses fenêtres sont le cadre d'un tableau de Hopper, une aquarelle d'Alex Katz, elles s'ouvrent sur un film de Hitchcock ou d'Orson Welles, se font l'écho d'un morceau de Coltrane ou de Duke Ellington, renvoient le bruit du vent dans Central Park.

À travers elles, on entend la cébille qu'agitait Julius Rosenberg quêtant pour les orphelins de la guerre d'Espagne, on voit défiler les marcheurs de Giacometti dressant leurs silhouettes dans les amas de ferraille fumante des Tours jumelles.

Elles reflètent tous les mondes possibles, tous les passés et tous les présents, toute la densité humaine d'une ville sans égale. Alors, en écoutant la voix magnifique d'Antonio Muñoz Molina, le miracle de la littérature a lieu et l'imaginaire vital et culturel du lecteur se met lui aussi en marche pour aller à la rencontre d'un portrait unique de New York, qui est aussi un portrait moral de notre temps.
N.B je lis de ci de là que le style est lourd et ampoulé. Je l'ai lu en Espagnol . Une très belle langue. je ne sais pas ce que donne la traduction.

Les lignes des regards se croisent dans le vide de manière complexe, sans jamais se rencontrer
Un écrivain à Manhattan. Une ville réelle et imaginée, telle celle de Woody Allen. Là, un noir et blanc mythique d'un certain cinéma, ici, des bruits, des musiques ou comme ces tâches de couleur marquant « l'échine noire et humide de l'asphalte »
Il n'y a pas de lecture objective d'une ville. Lecture d'insomniaque, lecture d'amoureux, lecture d'après le 11 septembre…
Un espagnol « accablé par l'écart désolant entre ce qu'il croit savoir d'une langue et ce que sa bouche maladroite parvient à articuler ». Un écrivain stupéfait de « l'impression d'espace », des personnes « comme s'ils ne se regardaient pas »…
Promenades et réflexions, les immigrant-e-s d'hier et d'aujourd'hui, « vaste délégation de l'humanité qui toujours veut entrer à New-York », retours de mémoire, la splendeur et la crasse, la vitesse et « il n'existe pas de littérature qui puisse raconter pleinement la richesse d'une seule minute »…
Le cinéma, Hitchcock et Fenêtre sur cour, la peinture, Edward Hopper, la musique, le jazz, Central Park et dans une calèche Orson Welles et Rita Hayworth aux cheveux courts, Harlem, Cinquième Avenue, l'agitation, Greenwich Village, le « double prisme des Tours Jumelles », les poètes, la « solitude la plus extrême au milieu de la foule », le New-York Times…
Des policiers et des pompiers parcourant « les rues à toute vitesse en déployant la puissance de leurs sirènes, de leurs klaxons et de leurs gyrophares », prendre la mesure de la journée intacte, l'exil et la capitale « de tant de déracinements, de tant de rêves d'un monde ou de vie meilleure, accomplis ou écroulés », la stratification et la ségrégation sociale, « l'exhibition de l'argent et du luxe maniaque de l'accumulation »…
Hier et aujourd'hui, « Aucun simulacre de permanence n'amortit bien longtemps la trépidante perception de l'écoulement incessant des choses », des lieux, un saxophone, un tableau, un film…
La ville, les mythes, l'imagination et les projections mentales. Manhattan peut-être, des fenêtres certainement. Et qui se penche aperçoit une partie de lui-même…
« Comment distinguer la vérité de la fable dans une ville où l'une paraissait aussi invraisemblable que l'autre »

Extrait 1 : "il y a des dessins et des photos qui arrivent à saisir un instant, mais il n'existe pas de littérature qui puisse raconter pleinement la richesse d'une seule minute."

Extrait 2 : "une musique peut elle aussi être un cadeau immatériel de l'amour, une révélation aussi décisive que celle d'un mot dit au bon moment, qu'une promesse ou qu'un aveu"

mardi 17 janvier 2017

Patricia Cornwell : mémoires mortes


💛

Beryl Madison, romancière à succès, a fui l'homme qui la harcèle depuis des mois pour se terrer à Key West. Le manque d'argent la contraint à rentrer à Richmond, le temps qui lui est nécessaire pour vendre sa maison. Juste assez de temps pour ouvrir sa porte, juste assez de temps pour se faire violer et égorger.
Kay Scarpetta est perturbée : des témoignages incohérents, des rencontres déplaisantes troublent ses recherches. Au fond, elle le sait, ni son ancien amant, qui resurgit sous un bien piètre prétexte, ni cet homme de main qu'elle surprend fouillant dans les bureaux de la morgue ne la mettront sur la bonne piste. En revanche, cette multitude de fibres étranges qu'elle découvre sur le corps ensanglanté de Beryl est cruciale. Des fibres si inhabituelles qu'elle aura du mal à percer leur mystère, mais Kay Scarpetta s'emploie à les faire parler.




Deuxième aventure de Kay Scarpetta : On retrouve avec plaisir Kay Scarpetta pour une nouvelle enquête qui s'annonce dès les premières pages, pleine de tensions !Sans dévoiler l'intrigue, l'auteur nous emmène cette fois dans un nouveau genre et franchement on ne regrette pas le voyage ! Surprises garantie et suspens haletant ! On achève ce livre avec une seule idée en tête : se plonger à nouveau dans un roman de Patricia Cornwell !
C'est un livre qui se lit d'une traite avec une excellente intrigue, on ne comprend vraiment qu'en toute fin en même temps que les personnages. Les rebondissements sont multiples et à la hauteur du précédent livre, Postmortem. Mais je déplore une fin qui fait forcément penser à ce même livre, sur deux livres de suite c'est un peu gros je trouve? Cela dit le livre ne doit pas être jugé sur ce seul point!
Du côté des personnages, on découvre un Benton Wesley un peu distant mais sans explication; peut-être à cause de Mark James ou des doutes qui pèsent sur la morgue, la réponse au prochain numéro peut-être? En revanche on retrouve Kay inchangée. Ce qui lui est arrivé un an auparavant n'a rien changé à sa volonté de tout faire pour venger les victimes de meurtres qu'elle autopsie, allant jusqu'à s'identifier à elles. En revanche, elle semble plus compréhensive envers Marino et son caractère de cochon, et nous aussi d'ailleurs. On se rend compte petit à petit que derrière des travers un peu bourrus, il y a une réelle histoire même si on ne la connait pas encore tout à fait. 

dimanche 15 janvier 2017

Sire Cédric : avec tes yeux




Depuis quelques temps, Thomas fait des rêves atroces. Après une séance d'hypnose destinée à régler ses problèmes d'insomnie, il est en proie à des visions. Il se voit au travers les yeux d'un autre torturant une jeune femme... Persuadé qu'un meurtre est effectivement en train de se produire, il part à la recherche de la victime. Le cauchemar de Thomas ne fait que commencer.

Le nouveau roman de Sire Cédric va avoir quelques effets secondaires sur votre métabolisme.

D'abord au niveau des yeux. Les yeux bien évidemment. Qui s'écarquillent d'étonnement. Que vous allez fermer aussi, devant l'horreur de certaines situations, pour ne pas les sentir se révulser.

Sire Cédric ne fait pas du thriller tout à fait comme les autres. Bien sûr, on retrouve dans ce roman tous les ingrédients qui font un bon roman du genre : rebondissements, montée de la violence. Mais l'auteur se fout un peu des conventions et a toujours aimé exploser les frontières des genres.

Son thriller est mâtiné de fantastique, le tout imbriqué si profondément que l'atmosphère de mystère n'en est que plus prégnante. le genre de fantastique intégré dans le quotidien d'un personnage, Thomas, qui ne comprend plus ce qui lui arrive.

Il semble voir à travers les yeux d'un odieux tueur en série qui torture ses victimes. Thomas spectateur ? Thomas qui sombre dans la folie ? Thomas acteur de l'histoire, très vite.

L'intrigue pourrait sembler cousue de fil blanc mais moins qu'il n'y parait finalement.

Avec tes yeux est un cauchemar éveillé, un « slasher » comme on dit dans le milieu du cinéma. Un terme bien adapté, tant l'écriture et la manière de raconter de Sire Cédric sont très cinématographiques. Pas de fioriture inutile, l'écriture se met au service exclusif de l'intrigue, à coups de chapitres courts et de situations hyper expressives. Une plume qui arrive très vite à rendre réelle cette situation irréelle, et à vous faire croire à cette histoire les yeux fermés. Cette écriture cinématographique est aussi un point faible. Exemple le rebondissement final passerait bien s'il s'agissait d'un film d'horreur des années 80 . là ça fait plaqué, et inutile.

Si vous aimez frémir, je ne peux donc que vous conseiller de venir passer quelques heures entre quatre yeux avec l'auteur

mercredi 11 janvier 2017

Robert Galbraith : le ver à soie



Owen Quine, écrivain célèbre, a disparu. Il venait d’achever son dernier manuscrit – un sulfureux roman à clés qui dresse le portrait au vitriol de son entourage. De quoi inquiéter bon nombre de personnalités en vue… C’est ce que pressent le détective privé, Cormoran Strike, chargé de l'enquête. Qui aurait intérêt à ce que Quine soit réduit au silence ? Lorsque Strike retrouve le cadavre de l'auteur, assassiné selon un rituel particulièrement atroce, il comprend qu'il a affaire à un tueur impitoyable, tel qu’il n’en encore jamais rencontré dans sa carrière.

Un roman à déconseiller à celles et ceux qui rêvent de devenir un jour écrivain, et ont une très haute opinion de ce sacerdoce. Robert Galbraith, alias J. K. Rowling, y égratigne avec délectation ce noble métier. Auteurs reconnus ou écrivains ratés, ceux qui évoluent dans ce livre sont tous plus égocentriques et canailles les uns que les autres. Rien qu'une bande de sales gosses, prétentieux, grossiers, avides de récompenses… Petits tyranneaux jaloux, médisants, haineux, grands amateurs du coup de poignard dans le dos… Quant au monde de l'édition, il est à l'image de ces tristes sires.
Le détective Cormoran Strike, notre géant unijambiste, héros de la guerre d'Afghanistan, qui a connu la fraternité des armes et peut se targuer d'avoir conservé quelques amitiés inébranlables, regarde d'un oeil froid et effronté cette bande de paltoquets, de jean-foutre qui passent leur temps à médire, à s'invectiver, se jalouser et à se donner maints coups d'épingles… L'un d'entre eux, peut-être un peu plus fripouille que les autres, mais si peu, est retrouvé assassiné selon « un rituel particulièrement atroce ».
Les flics de Scotland Yard, aussi obtus que dans le roman précédent (L'appel du coucou), inculpent un innocent. A charge pour Cormoran, assisté de la belle et déterminée Robin, de trouver le coupable.
Cormoran se lance dans cette enquête à corps perdu. A la recherche d'indices, il traverse en boitillant - son moignon lui faisant souffrir le martyr - un Londres spectral enfoui sous la neige où règne un froid polaire ; un Londres insouciant car les fêtes de Noël approchent à grands pas… Il ferraille dur contre Scotland Yard et ces écrivains persifleurs qui n'aiment pas voir ce gros nounours buté se mêler de leurs petites affaires, suit à la trace cet assassin à l'intelligence démoniaque et parvient à le confondre une quarantaine de pages avant la fin de ce petit pavé.
J'en suis resté comme deux ronds de flanc…
Puis il y a Robin, l'indispensable et imprévisible assistante, gracieuse, belle, aérienne, coincée entre ses deux hommes : le falot de mari jaloux et le géant immature et grognon cabossé de partout… Stoïque, inébranlable, elle poursuit son rêve de devenir un jour détective privée…
Faut-il vous dire que j'ai adoré de bout en bout ce long polar, son atmosphère pesante, son humour pince-sans-rire, et ses âmes perdues à la bêtise insondable et à la tendresse aveugle ?

Suite directe de "The Cuckoo's Calling", on retrouve dans "The Silkworm" la suite des aventures de Cormoran Strike et de sa nouvelle complice Robin.

On sent que l'auteur prend plus d'assurance dans ce genre, alors qu'elle semblait assez timide dans le premier tome. Timidité qui peut aussi très bien s'expliquer par une volonté de poser les bases nécessaires à tout développement des personnages; il faut savoir qu'elle a prévu pas moins de sept romans pour le détective privé.

"The Silkworm" est donc encore meilleur que son précédent roman et l'action encore plus présente. On repose difficilement le roman, on veut toujours en savoir plus et surtout deviner l'identité du coupable avant le détective et son assistante.
L'auteur prend d'ailleurs un malin plaisir à jouer avec nous, révélant la clé du mystère à ses personnages sans nous mettre nous-même dans la confidence. C'est à la fois très frustrant et une invitation à faire travailler nos petites cellules grises assez... grisante. La solution nous sera révélée et prendra alors tout son sens.

Une suite beaucoup plus sombre, une enquête plus palpitante; j'ai personnellement eu à plusieurs reprises des réels frissons causés par le suspense et une certaine inquiétude pour la sécurité des personnages principaux.
En parlant des personnages justement, on a ici droit à toute une panoplie de suspects aussi intéressants les uns que les autres, et c'est avec un soulagement non dissimulé que le personnage de Robin prend un peu plus d'ampleur et a droit à son lot d'action. Pourvu que ça dure, et quelque chose me dit qu'elle n'a pas fini de briller aux côtés de notre nouveau détective préféré.

Pour moi plus de doutes en tout cas, j'attendrais le tome suivant avec autant d'impatience qu'un nouveau roman de Stephen King!