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jeudi 29 septembre 2016

Jean Cocteau : La machine infernale





La Machine infernale est une pièce de théâtre de Jean Cocteau, rédigée en 1932 et jouée pour la première fois le 10 avril 1934 à la Comédie des Champs-Élysées à Paris, théâtre alors dirigé par Louis Jouvet, dans les décors de Christian Bérard. Elle se fonde sur Œdipe roi de Sophocle. Jean Cocteau dédie la pièce « à Marie-Laure et à Charles de Noailles ». Cette pièce reprend, avec humour et émotion, le mythe d’Œdipe.
Acte I : Le Fantôme[modifier | modifier le code]

L'acte s'ouvre sur l'intervention de la Voix qui raconte l'intégralité du mythe.

Il se passe dans une attente marquée d'inquiétude. Sur les remparts de Thèbes, deux soldats veillent. Ils sont chargés de protéger la ville contre le Sphinx. Depuis des mois, ce monstre, posté non loin des portes de la ville, tue les jeunes gens qui s'aventurent dans ses parages, mais personne ne sait ce qu'il est véritablement.

Pour Cocteau, le Sphinx, « tueuse d'hommes », incarne donc tout simplement la Femme (c'est sans doute le vrai sens du mythe).

En fait, nos deux gardes n'attendent pas le Sphinx, ils attendent le « fantôme ». Justement, leur chef vient leur demander des comptes et les interroger sur cet étrange personnage qui leur rendrait visite depuis plusieurs nuits (Le Soldat et le jeune soldat racontent au chef ce que le « fantôme » veut vraiment). Celui-ci se présente, disent-ils, comme étant le roi Laïus : il s'agirait d'un fantôme très gentil, très poli, mais bien pitoyable, car il semble terrorisé par une chose horrible qu'on veut l'empêcher de dire. Ils n'ont pas compris de quoi il s'agissait ; ils savent seulement que le roi doit absolument avertir sa femme et que le danger est imminent.

La reine arrive, ayant elle aussi entendu parler de ce fantôme. Au grand émoi du chef, qui cherche à se faire bien voir d'elle, celle-ci n'a d'yeux que pour le jeune soldat. Elle espère obtenir par lui des renseignements sur celui qui serait son défunt mari, peut-être même l'apercevoir ou l'entendre. Hélas, lorsqu'il essaie de se manifester, occupée qu'elle est par la beauté du garçon, elle ne perçoit pas ses appels pathétiques. Quand elle s'éloigne, le fantôme désespéré, lance aux soldats, qui eux le voient, ce message pressant : « Rapportez à la reine qu'un jeune homme approche de Thèbes et qu'il ne faut sous aucun prétexte… »

Puis disparaît pour toujours le seul qui aurait encore pu sauver Œdipe.
Acte II : La Rencontre d'Œdipe et du Sphinx[modifier | modifier le code]

Il se déroule dans le même temps que le précédent. En bas, devant les portes de la ville, il met en marche le processus que là-haut, sur le rempart, le fantôme essaie d'arrêter, et il nous dévoile le « mystère » de la victoire d'Œdipe. Le Sphinx est fatigué de tuer et nous découvrons que ce monstre est une jeune fille en robe blanche, lasse de tuer, et disposée à tomber amoureuse du prochain joli garçon qui passera, et peut-être à se sacrifier pour le sauver. Mais le chien Anubis, dieu égyptien de la mort, veille au respect des consignes données par les dieux : il n'est pas question de s'attendrir sur les humains.

Lorsque apparaît Œdipe, elle s'éprend de lui d'emblée et s'efforce de l'éloigner pour lui éviter une mort certaine, mais la froide détermination du jeune homme et sa présomptueuse conviction qu'il vaincra le Sphinx l'amènent à se révéler sous sa forme animale et à montrer son pouvoir. Terrassé par le monstre qui lui inflige le supplice de ses précédentes victimes, il oublie toute dignité et crie grâce. Quand il se croit perdu, il apprend, de la bouche même du Sphinx, le secret de l'énigme. Les liens qui le paralysaient se dénouent et il se sauve. Mais Anubis ne se satisfait pas de ce simulacre, il exige que la question soit posée. Œdipe, interrogé, donne alors la réponse que le Sphinx vient de lui apprendre. Il a remporté la victoire, mais sans montrer aucun mérite. Il accroît son ridicule, aux yeux du spectateur, en recherchant la pose la plus avantageuse pour porter la dépouille du Sphinx jusqu'à Thèbes, afin de prouver son succès.

Fou de joie, il court vers la ville, vers la reine qui lui est promise et vers la royauté, oubliant celle dont il n'a pas compris l'amour ni le dévouement.

Pour calmer sa terrible crise de dépit, Anubis annonce alors au Sphinx redevenu femme après sa défaite, l'avenir monstrueux qui attend Œdipe. La vision en est si atroce qu'elle éveille la pitié dans le cœur de la Vengeresse, avatar final du Sphinx, qui apparaît en apothéose sous l'aspect de la déesse Némésis.

Mais rien ne peut plus sauver Œdipe, pas même la compassion d'un dieu.
Acte III : La Nuit de noces[modifier | modifier le code]

Œdipe et Jocaste, cédant à leurs penchants, refusent tous les avertissements, mais leur amour, qui semble sincère, s'exprime maladroitement. Trop de souvenirs les préoccupent, trop de non-dits les séparent, trop d'obstacles les gênent.

Après une journée de cérémonies et de festivités épuisantes, les deux époux se retrouvent seuls face à face dans la chambre de Jocaste, pour la première fois. Ils souhaitent ardemment réussir ce moment, attendu par l'une comme une renaissance, par l'autre comme un couronnement et une initiation à l'amour. Œdipe est obligé – coutume locale – de recevoir Tirésias pendant que Jocaste se prépare. « Je suis vierge », dit Œdipe à Tirésias. Le devin, en effet, tente une ultime mise en garde pour stopper le mécanisme effrayant et fait état de « présages funestes ». Mais le nouveau roi se méfie des conseils d'un prêtre ligué, pense-t-il, avec Créon pour l'évincer, et il reste sur ses positions sans se soucier des avis divins : « Les oracles… mon audace les déjoue… » Œdipe finit par agresser Tirésias, l’étrangle presque et, tentant de lire son avenir dans ses yeux, ne peut aller au-delà de la naissance de ses quatre enfants. Au moment de découvrir la vérité, il tombe, aveuglé lui-même – symbole de son actuelle cécité sur sa condition, et annonce du dénouement réel. Retrouvant après un instant la vue, il lui présente ses excuses et lui révèle son identité de fils de Polybe et Mérope, les souverains de Corinthe. Tirésias, qui est moins omniscient que dans la tradition, est alors rassuré.

Les époux vont-ils enfin profiter de leur bonheur ? Hélas, malgré leur bonne volonté, la fatigue les fait sombrer dans de brefs assoupissements où leur passé ressurgit et s'exprime par bribes confuses. C'est alors une lutte épuisante contre le sommeil qui révélerait à l'autre des secrets inavouables.

Jocaste reconnaît sa faute, l'infanticide qu'elle raconte à Œdipe en prétendant qu'il s'agit d'« une femme, ma sœur de lait, ma lingère ». Elle reste aussi marquée par ce mur sur lequel (premier signe d'infidélité ?) elle n'a pas su voir son époux. Œdipe, malgré l'admiration éperdue de sa femme, sait qu'il n'est pas un héros, car il n'a gagné qu'avec l'aide du Sphinx, et se souvient qu'il a été à sa merci, qu'il s'est montré faible et ridicule.

La différence d'âge, dont Œdipe se soucie peu, tourmente la reine vieillissante. Et dans cette nuit de cauchemar, c'est un homme de la rue, un ivrogne attardé sous les fenêtres royales, qui a le dernier mot : « Votre époux est trop jeune, bien trop jeune pour vous… hou ! »
Acte IV : Œdipe roi[modifier | modifier le code]

L'acte suit de près la fin de l'Œdipe roi de Sophocle (et de la propre adaptation de Cocteau, mise en musique par Stravinsky sept ans plus tôt : Œdipus rex. « Dix-sept ans après », une à une vont se dissiper les illusions et les fictions qui ont protégé le couple royal. De révélation en révélation, Œdipe et Jocaste seront amenés devant la réalité.

L'annonce de la mort du roi de Corinthe provoque chez son fils le soulagement et même la joie. Cette attitude scandalise son entourage et l'amène à énoncer la prédiction devenue caduque : « Mon père est mort… L'oracle m'avait dit que je serais son assassin et l'époux de ma mère ». Jocaste, qui avait reçu un avertissement similaire et n'en avait soufflé mot, peut ici s'apercevoir que son époux lui avait soigneusement caché la fâcheuse prophétie. Ce silence entre eux trahit une gêne face à des étrangetés qu'ils n'ont pas voulu examiner de trop près, pour sauvegarder leur bonheur.

Mais « vous n'étiez que son fils adoptif », le rassure le messager, sans comprendre qu'il remet en cause par cette déclaration toute la stratégie de fuite élaborée par Œdipe : qui est son père ?

La précision : « Mon père vous délia presque mort, pendu par vos pieds blessés », si elle explique simplement au roi l'origine de ses cicatrices, amène Jocaste à une découverte bien pire, qu'elle reçoit sans mot dire : Œdipe est l'enfant qu'elle a voulu supprimer.

Un souvenir qui revient soudain au roi : « Pendant une rixe avec des serviteurs, j'ai tué un vieillard qui voyageait au carrefour de Daulie et de Delphes », la met devant une nouvelle évidence : Œdipe est le meurtrier de Laïus, c'est-à-dire de son père.

Pour Jocaste, maintenant, tout est clair. Tandis que son mari se débat dans des suppositions qui l'irritent et l'affligent, la malheureuse se pend avec sa grande écharpe rouge… Œdipe, monté la retrouver dans sa chambre, découvre son corps. Il apparaît, « déraciné, décomposé ». Il accuse son beau-frère : « vous me l'avez tuée » ; il croit à un complot.

Tirésias lui affirme alors : « Vous avez assassiné l'époux de Jocaste, Œdipe, le roi Laïus. Je le savais de longue date… ni à vous, ni à elle, ni à Créon, ni à personne je ne l'ai dit ».

En fait, il lui reste le pire à comprendre, car il s'égare encore sur de fausses pistes concernant sa naissance. Paraît alors un vieux berger, c'est « l'homme qui [t'] a porté blessé et lié sur la montagne ».

Pressé de répondre, le vieillard avoue ce qu'on lui avait interdit de dévoiler sous peine de mort : « Tu es le fils de Jocaste, ta femme, et de Laïus tué par toi au carrefour des trois routes. Inceste et parricide. »

Œdipe comprend alors qu'on n'échappe pas à un oracle : « J'ai tué celui qu'il ne fallait pas. J'ai épousé celle qu'il ne fallait pas. Lumière est faite. »

Il lui reste à se punir lui-même. « Il se donne des coups dans les yeux avec la grosse broche en or », crie sa fille, la petite Antigone.

Devenu aveugle, il voit s'avancer vers lui Jocaste, mystérieusement redevenue sa jeune mère pour l'accompagner dans son exil, car il doit quitter la ville.

Il s'éloigne, accompagné de sa fille et de sa mère-épouse, confondues dans une même sollicitude : « Attention… compte les marches… un, deux, trois, quatre, cinq… »

À Créon qui veut intervenir, Tirésias déclare : « Ils ne t'appartiennent plus ».

Ecrite en 1932, et jouée pour la première fois en 1934, cette pièce met en scène l’arrivée d’Œdipe à Thèbes, ou plutôt son « retour » après son départ de Corinthe. En effet, « La Voix » nous rappelle, avant même que la pièce ne commence, les tenants et aboutissants de l’histoire à laquelle nous allons assister : Œdipe, s’étant vu annoncer par l’oracle de Delphes un destin terrible – « Il tuera son père. Il épousera sa mère » - décide de quitter son berceau natal, ne sachant pas qu’il s’agit en réalité de son berceau d’adoption. En effet, ses parents Jocaste et Laïus, roi et reine de Thèbes, ayant également eu la prédiction au moment de sa naissance, l’abandonnent dans les bois, pensant qu’il y mourra ; mais il est recueilli et adopté par le roi et la reine de Corinthe. Lorsqu’il apprend qu’il est voué à commettre le meurtre et l’inceste, il part sur les routes, croise Laïus, sans savoir qui il est ; ils ont une altercation, et Laïus meurt. Après avoir tué son père, il se précipite sans le savoir dans les bras de sa mère, puisque cette dernière a promis sa main à celui qui parviendrait à débarrasser Thèbes du fléau qui l’assaille, le Sphinx. Après ce résumé, Cocteau nous livre ce qu’il va nous montrer, et qui justifie le titre choisi pour la pièce : « Regarde, spectateur, remontée à bloc, de telle sorte que le ressort se déroule avec une lenteur tout le long d’une vie humaine, une des plus parfaites machines construite par les dieux infernaux pour l’anéantissement mathématique d’un mortel ».

La pièce comporte 4 actes : les 3 premiers respectent la règle classique de l’unité de temps au théâtre (ils se déroulent en 24h), puis le dernier a lieu 17 ans après.

Le style quant à lui s’éloigne assez largement du style classique : Cocteau mêle ironie, humour, anachronismes, ridicules de situation, ridicules des personnages (Tiresias est ainsi surnommé « Zizi » par Jocaste), et travestit quelque peu les personnages, qui perdent ainsi leur grandeur tragique. On y découvre un Œdipe jeune et fougueux, qui se regarde dans le miroir, prend des pauses ; Jocaste est une veuve un peu diva, dépassée par ce qu’il y a autour d’elle et quelque peu obsédée par son vieillissement ; les soldats se chamaillent ; Œdipe a tué Laïus presque par inadvertance, un mauvais concourt de circonstances. Le Sphinx, personnage féminin, conserve une certaine grandeur, mais c’est Anubis, transfuge d’un autre univers mythologique, qui doit lui rappeler à sa mission et à la mise en scène de sa grandeur, pour faire peur aux hommes. Car il s’agit bien d’une sorte de « chasse à l’homme » à laquelle se livre le Sphinx, allégorie de la Femme fatale qui fait succomber les jeunes hommes. Décrite comme « la Jeune fille ailée », « la Chienne qui chante », elle montre pourtant elle aussi un caractère humain et une certaine faiblesse : lasse de tuer, elle se lance dans une forme de négociation avec Œdipe. Laïus enfin n’est pas en reste : décrit comme un « vieillard » dans le récit d’Œdipe, il apparaît aux soldats comme un fantôme qui veut prévenir que la prophétie est sur le point de se réaliser, mais il ne parvient pas à s’exprimer, il est un personnage impuissant.

Si l’on rit et sourit à la lecture de cette adaptation – très libre – du fameux mythe, si son côté loufoque séduit et divertit, on regrettera peut être que Cocteau ne pousse pas plus loin certains traits d’écriture. On commence à peine à se régaler des anachronismes que déjà il n’y en a plus ; on commence à cerner la folie douce d’un personnage, mais déjà il disparaît de la scène. A l’inverse, on se lasse un peu de certains traits de caractères un parfois trop redondants. Mais cette pièce a pour le moins l’intérêt d’avoir réussi à apporter une forme de modernisation, tout en gardant le contexte et le décor antiques, et le mélange des genres est plutôt réussi.

Reste qu’il faut également apprécier le genre : si on aime à aller au théâtre voir un spectacle, pour autant aimera-t-on toujours l’histoire et les échanges une fois ceux-ci mis sur papier ? Les descriptions des scènes et des costumes peuvent quelque peu casser le rythme et rendre laborieuse la lecture. Si cela ne vous donne pas le goût de lire d’autres pièces, cela pourra peut être néanmoins donner l’envie à certains de se rendre au théâtre !
Un premier roman touchant, qui marque par une écriture travaillée, poétique, et très visuelle. Guy Boley utilise la voix d’un enfant pour décrire la vie d’une famille provinciale dans les années 50-60, frappée par la mort de l’un de ses enfants, le tout sur toile de fond de mutation de la société, d’une France qui passe d’une vie rurale de labeur à une vie citadine de consommation. On suit à la fois l’évolution de la famille et celle de l’époque.
La lumière est très présente au début de ce livre. A travers le feu de la forge au début, et l’admiration que l’enfant porte à son père forgeron, ce Vulcain qui dompte le feu. Via l’assurance de Jacky également, employé du père, et première source d’émoi pour l’enfant. Mais aussi à travers la force des femmes. C’est la relation hypnotique entre le fils et le père qui frappe les esprits dans cette première partie.
Cette lumière disparaît tout à coup, avec la mort du petit frère. Le livre prend alors une autre dimension, où la violence frappe comme le fer battu sur la forge. Cette mort déclenche l’éclatement de la famille : la communication est rompue. Le père sombre dans l’alcool, devient violent avec sa femme, et déclenche en réaction la violence de Jacky à son encontre. La mère tombe dans une douce folie sur fond de déni de la disparition de son fils, et la fille aînée quitte la maison. Seule la grand-mère reste stoïque.
Comment l’enfant peut-il alors se construire? Comment trouver sa place à côté d’une mère qui continue à vivre comme si son fils disparu était toujours présent. La relation entre le fils et la mère est très touchante dans cette partie, le fils essayant de protéger une mère anéantie, et cherchant désespérément son regard. Comment se construire parmi des adultes qui se déchirent ?
Alors que la vie de la famille s’est figée, la société change et se tourne vers une société de consommation : une société moins laborieuse mais sans rêves. La forge ferme, et le père devient vendeur de fer forgé et autres articles dérivés. Le narrateur trouvera pourtant son salut dans cette société, tout d’abord en partant étudier loin de sa famille, puis surtout dans l’art et plus particulièrement la peinture : une sorte de retour aux sources, où la lumière et la paix réappariîssent, et où il pourra être lui-même.
Un livre très délicat sur l’amour, la résilience et la relation à autrui, empreint à la fois de force et de douceur, de couleur, et toujours beaucoup d’émotion. La couverture du livre traduit parfaitement cette atmosphère.

dimanche 25 septembre 2016

Dominique Fernandez : Place rouge.



Le narrateur se retrouve en Russie (la nouvelle Russie) avec Raoul, un jeune peintre homosexuel et Julie, la soeur de ce dernier.
Raoul est invité par Irina, propriétaire d'une galerie pour préparer une exposition. Tout cela laisse beaucoup de temps libre et permet une superbe promenade de Moscou à Saint-Pétersbourg qui seront les décors mais aussi la trame de l'histoire. Le livre se divise en deux partie : La première "Irina" avec des pages franchement impayables où l'on sent la parfaite maîtrise de l'auteur. le seconde "Iermolaï" qui n'est autre que le frère d'Irina et l'objet d'un amour fou que lui voue Raoul.

Brillantissime, Dominique Fernandez mêle subtilement effets romanesques et documentaire, tensions et éblouissement.

L'académicien a réussi là un livre-somme, riche, intéressant à plusieurs niveaux.La vérité complexe, poétique, politique, réaliste, onirique, d’un monde que le roman peut seul nous révéler. Histoire d’une rencontre impossible entre la Russie et l’Occident, ‘Place rouge’ est aussi, plus profondément, dans ses variations subtiles sur l’autre et le même, comme la métaphore de l'impssible altérité

dimanche 11 septembre 2016

Ruwen Ogien : philosopher ou faire l'amour



Armée de ses seuls concepts, la philosophie peut-elle saisir ce qu’il y a de charnel, de déraisonnable et d’ineffable dans chaque histoire d’amour ?
Pour Ruwen Ogien, la réponse ne fait aucun doute : le philosophe ne doit pas abdiquer ses droits devant l’émotion, le sentiment, la passion.
Son projet ? Ecrire un De l’amour rigoureux – quoique facétieux.
Et traiter de cet obscur objet comme s’il s’agissait de n’importe quelle autre chose de la vie.
D’où ce livre où, irrespectueux, « l’ami de la sagesse » s’interroge :
L’amour est-il plus important que tout ? Peut-on aimer sans raison ? Ou sur commande ? L’amour se situe-t-il par-delà le bien et le mal ? Et, s’il ne dure pas, est-ce quand même un amour véritable ? A suivre…

Ruwen en a un peu ras la frange de tous ces essais écrits par ses confrères qui font l'éloge de l'Amour (Badiou, Dédé -Sponville, Ferry et consorts).
En bon empêcheur de philosopher en rond, Ruwen prend le contre-pied de ses collègues : et si, comme le chante l'immense et Bretonne Brigitte Fontaine, l'amour c'était du pipeau ?
Ruwen va passer au peigne fin six clichés sur l'amour à l'aide d'outils intellectuels : conceptuels, empiriques et moraux.
L'être aimé est irremplaçable.
L'importance de l'amour dans nos vies.
L'amour est éternel.
L'amour est incontrôlable.
L'amour est irrationnel.
L'amour est immoral.
Car le problème de ces clichés, c'est qu'ils sont souvent utilisés à des fins moralisatrices et ça Ruwen, le libertaire, il n'aime pas beaucoup.
Pour illustrer son propos se sert de Section d'assaut, Barbara, Louis Chédid....et un peu de Schopenhauer et Kant, les "David et Jonathan" de la pensée.
Ruwen démonte méthodiquement et tranquillement toutes les idées reçues : c'est assez jubilatoire...




Citation 1 :

Si les aveugles sont capables d’aimer comme tout nous incite à le penser, une idée platonicienne tombe d’elle-même : c’est le spectacle de la beauté physique masculine qui déclencherait le mouvement d’ascension spirituelle au cours duquel se construit l’amour véritable. Les platoniciens chercheront probablement un compromis qui respecte l’intuition que les aveugles sont capables d’aimer, sans ôter la place centrale qu’ils donnent au spectacle de la beauté corporelle dans l’éveil de l’amour.

Je suis gêné quand même par la prose "analytique " qui donne une écriture assez plate malgré quelques pointes d'humour.

L'amour occupe une place centrale dans la vie des individus, du moins dans les sociétés industrialisées. Armé de son expérience de philosophe moderne, d'un raisonnement rigoureux et de quelques chansons à l'eau de rose, Ruwen Ogien met à l'épreuve critique de la philosophie notre représentation de l'amour romantique. Projet loin d'être aisé mais plutôt bien mené à travers les quelques 240 pages de ce livre, et ce malgré l'aveu d'incapacité à donner une définition de l'amour que ce soit de manière conative ou affective, et l'incapacité à juger la moralité de l'amour. Mais il faut bien avouer que le sujet est bien vaste et les réponses ardues à trouver...

Si j'ai été intéressé de manière assez inégale selon les parties, certaines idées ont particulièrement retenu mon attention. Par exemple, une des thèses majeures est que l'idéologie de l'amour romantique telle qu'elle prospère est défectueuse car moraliste et conceptuellement infondée. J'ai aussi apprécié la séparation entre amour rose-optimiste et gris-pessimiste, ainsi que la distinction des trois types d'amour : physique (égoïste), romantique (exclusif, possessif), céleste (détaché des tentations terrestres). Enfin, les 17 questions philosophiques sur l'amour sont assez intéressantes.De manière plus générale, j'ai retenu quelques astuces pour mener à bien une dissertation, notamment en intégrant que les intuitions agissent dans un raisonnement philosophique comme pompes à réflexion, mais pas comme des preuves fiables. Prochainement, je lirai peut-être "Le Banquet" de Platon et voir comment est conclue la multiplicité des vérités sur l'amour.

Un bon livre dans le fond, mais qui manque sûrement de classe dans sa forme, l'utilisation des chansons d'amour ayant gagné à être davantage mise en avant. Après lecture, je trouve que le titre, plutôt racoleur, n'est pas très bien choisi... Je conseille le livre pour le débat sur l'amour qu'il propose, mais si vous avez accès à un résumé, c'est bien aussi.

Citation 2 :

L'amour pourrait-il perdre le sens ascétique, religieux, élitiste qui s'est imposé à travers les figures de l'amour romantique, moral, céleste ?
Pourrait-il devenir physique, éphémère, démocratique ?
De la même façon que le bonheur, l'amour pourrait-il être désacralisé, débarrassé de l'exigence d'éternité ?
Je ne vois pas pourquoi ce serait impossible.
Resterait-il à savoir si ce serait souhaitable !

Salomon de Izarra : Nous sommes tous morts



Nous sommes tous morts est le journal de bord de Nathaniel Nordnight, jeune second du baleinier Providence. Le voyage tourne au cauchemar lorsque le bateau est pris dans les glaces. Entre un récit d'aventure à la Stevenson et un roman d'épouvante lovecraftien.

Tout ça pour ça… Voilà ce que j'ai pensé en refermant le livre, heureusement suffisamment court pour me forcer à aller jusqu'au bout. J'ai eu une drôle impression de déjà vu à plusieurs reprises comme si l'auteur avait pioché différents ingrédients dans la littérature ou les faits divers pour construire son histoire, de Moby Dick à Lovecraft en passant par le récit de crash d'un dans les Andes en 1972, contraints au cannibalisme pour survivre. J'ai consciencieusement tourné les pages, attendant la révélation, l'originalité qui donnerait un sens au récit. Malheureusement, cette étincelle n'est pas venue.
Reste donc le récit (ou est-ce plutôt une hallucination ?) d'une aventure entre horreur et surnaturel pour ces marins chasseurs de baleine, confrontés à la violence de la nature, d'abord tempête gigantesque dans laquelle ils pensent trouver la mort puis enfermement dans une cellule de glace à la fois incassable et comme vivante, se régénérant sans cesse. Rien d'étonnant donc, à ce que tout le monde bascule dans la folie, avant même que la décision de cuisiner en ragoût l'un de leur petit camarade mort de froid ne soit prise.
D'où vient que l'on a du mal à s'intéresser à l'histoire ? En tout cas, avec moi, ça n'a pas pris même si la plume n'est pas désagréable. Mais qu'importe la forme, si le fond se dérobe… l'immeuble s'écroule.

samedi 10 septembre 2016

Carter Brown : Orages inter-lopes


Leonard Reid a deux passions dans la vie : les petits chats bourrés de complexes. mais quand les grands minets fous commencent à le quitter les uns après les autres, pour aller se suicider dans la nature, Léonard commence à s'inquiéter. Ajoutez deux tigresses blondes, un roquet italien qui se prend pour le Marquis de Sade et dun gorille au front bas, et vous comprendrez pourquoi Rick Holman doit s'avancer sur l'extrême pointe des pieds dans cette dangereuse ménagerie."

Ce polard fazit partie d'une trentaine de romans que "carter Brown " consacre à Rick Holman' sorte de "  " des années 50. cette enquête ,assez intéressante ce fait dans le milieu gay hollywoodien sans tomber pour autant dans une quelconque homophobie (-sauf qans le titre mais le titre original c'est : les petits chattons morts) ce qui est étonnant pour un roman des années 60. Efficace et très distrayant;

mardi 6 septembre 2016

Georges Baxt : Les morts particulières





En 1966,Baxt publie Drôle de sauna !, premier roman d'une trilogie où apparaît son héros récurrent, le détective noir et homosexuel Pharoah Love, qui enquête dans le milieu gay de New York. Le ton humoristique de Baxt donne vie et sensibilité à un univers marginal jusqu'alors dépeint de façon sordide ou avec mépris dans le roman noir. Ayant laissé tomber Pharoah Love une fois la trilogie complétée, Baxt le ressuscite dans les années 1990 le temps de deux enquêtes. Avec Love, Baxt ouvre la voie à la littérature policière gay des Joseph Hansen et Michael Nava..

la série :
Série Pharoah Love[modifier | modifier le code]
A Queer Kind of Death (1966)
Publié en français sous le titre Drôle de sauna !, Paris, Gallimard, Série noire no 1152, 1967
Swing Love, Sweet Harriet (1967)
Topsy and Evil (1968)
A Queer Kind of Love (1994)
Publié en français sous le titre Les Morts particulières, Paris, Librairie des Champs-Élysées, coll. Le Masque no 2279, 1996
A Queer Kind of Umbrella (1995)
Publié en français sous le titre Un drôle de pépin, Paris, Librairie des Champs-Élysées, Le Masque no 2344, 1997



Un bon polar saisissant et amusant avec son personnage principal complètement queer;

dimanche 4 septembre 2016

Emmanuel Grand : Terminus Belz





Il s'appelle Marko Voronine. Il est en danger. La mafia le poursuit.
Il croit trouver refuge sur Belz, une petite île bretonne au large de Lorient coupée de tout sauf du vent. Mais quand le jeune Ukrainien débarque du ferry, l'accueil est plutôt rude. Le métier du grand large en a pris un coup, l'embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger.Et puis de curieuses histoires agitent en secret ce port de carte postale que les locaux appellent "l'ile des fous". Les hommes d'ici redoutent par dessus tout les signes de l'Ankou, l'ange de la mort, et pur Marko, les vieilles légendes peuvent se montrer aussi redoutables que les flingues de quelques tueurs roumains.

Tricotant avec brio un huis clos inquiétant et une course poursuite haletante, Emmanuel Grand mène son thriller d'est en ouest à un train d'enfer.

Mark'os tombe sur un...
La mafia roumaine aux trousses, Marko, clandestin ukrainien répond à une annonce et trouve refuge au bout du monde, en Bretagne, à l'île de Belz. Embauché sur le chalutier La Pelagie par le bourru Caradec, Marko fait délier les langues des marins du bar de l'Escale ; Marko a le mal de mer, pas vraiment le pied marin, ni grec...Justement, un pied tranché, Pierrick un marin brut de décoffrage, vient d'en retrouver un dans ses filets de pêche, un mauvais signe et pas le dernier qui va semer le trouble dans l'île aux fous. Le coupable est tout trouvé...
Bonne surprise pour ce polar d'Emmanuel Grand qui déboussole, fait tourner la tête - de l'Ukraine, Roumanie, France, Bretagne- l'estomac - par son escale très mousseuse - et qui revigore par son air marin.
Belz, c'est un drôle de microcosme, une petite île bretonne en vase clos et en fût de chêne, avec son bistrot, son église, sa librairie, ses secrets, ses légendes bretonnes, ses chalutiers et son étranger...
Les sujets sont vieux comme le monde : la peur de l'Autre, le racisme, le chômage, l'alcool, la religion les légendes et la mafia.
Les personnages ont de sacrées gueules : Caradec, le patron bourru, Pierrick, une barraque et barrique percée, Venel, un libraire soulant de légendes, un drôle de Papou insulaire, des méfiants mafieux comme Vlad et Dragos et l'héros Mark'os qui ronge son..
Terminus Belz, un polar breton qui vaut bien l'Escale....
Merci à Babelio, à la SNCF et aux éditions Liana Levi pour cette découverte insulaire.

mercredi 31 août 2016

Neil Bartlett : Forbidden World




A trois heures du matin, au son d’un slow joué au piano, sous un plafond scintillant d’étoiles artificielles, dans le coin le plus sombre d’un bar et sous le regard de tous, deux amants tombent dans les bras l’un de l’autre…
L’un est plus âgé et plus sage. L’autre n’a que dixneuf ans. Des premiers baisers à la proclamation des bans, du mariage à l’acte d’amour et à la fondation d’une famille, tout dans cette histoire est à sa place habituelle. Sauf que ce mariage est un mariage entre hommes.
C’est dans une langue hypnotique et musicale, avec un goût rare pour le détail baroque, que Neil Bartlett conte cette fable érotique et morale peuplée de personnages énigmatiques, cette histoire d’amour fou empreinte de crudité parfois, de romantisme souvent, mais aussi d’une compassion admirable.

La forme du livre originale, les éditions Actes Sud et l'envie d'une romance m'a poussé à lire ce livre.
L'HISTOIRE
Etape par étape, l'histoire de deux hommes qui s'aiment. O et P'tit Mec.
Leur rencontre dans un bar qui ressemble à une communauté, l'évolution de leur relation. Leurs faiblesses, avant pendant et peut être après...
Sympa cette histoire d'amour, plus que sympa même. Elle se décante étape par étape. Avant la rencontre on pose les bases. On pense que le narrateur est l'un des deux protagonistes. Erreur. C'est un observateur extérieur du même milieu.
Cette narration m'a un peu posée problème, les longueurs, le besoin de justification de l'auteur/ou et du narrateur. Un narrateur bien mystérieux d'ailleurs.
Ainsi nous avons,
3 pages pour décrire une personne secondaire...
1 page et demi pour parler d'une boite à chaussure...
Il insiste légèrement mais surement. Pour dire que c'est étrange que pour lui c'est normal mais ça l'est pas pour nous, que ça lui fait drôle, que normalement il s'explique pas sur ces détails.
Pffu ! On a envie de crier bouge ton char !
Ce dernier point est l'un des rares détails que je n'ai pas apprécié.
Les passages érotiques sont rares et pas vulgaire, l'auteur dit ce qu'il faut quand il faut. (Malgré ces fameuses redondances).
Le personnage de Madam, Madame, La Mère m'a aussi beaucoup plu. Tout en contradictions.
«Elle voulait faire part de toute sa sagesse, à haute voix, à quelqu'un, pour découvrir si elle y croyait encore.»
Neil Bartlett nous permet d'examiner l'existence de deux hommes qui s'aiment.
Ils n'oublie pas de ponctuer son récit de récits d'agressions apparemment extérieur au récit. Sauf que toutes les victimes ont peut être un lien avec la communauté du bar. On se doute qu'a la fin il y aura une confrontation. Une façon peut être pour l'auteur de démontrer les dangers qu'encourent les homosexuels.
Ce qui ressort de ma lecture. Ce qui a fait sa force. C'est l'histoire d'amour fou qui lie O et P'tit Mec.
Il ne pouvait pas du tout parler, mais se disait : «C'est ça l'amour, c'est ça l'amour, c'est mon amant.»
Toute en retenue. Il y a aussi une sorte de ton théâtral comme si c'était LE couple de l'Univers. Pourquoi pas. Quand on s'aime on a toujours l'impression d'être les rois du monde.
A lire si vous avez de la patience, et que vous aimez les histoires d'amour profondes.

Né en 1958, écrivain, homme de théâtre et traducteur (Racine, Molière, Marivaux, Kleist, Genet, entre autres), Neil Bartlett est, au Royaume-Uni, l’une des figures les plus respectées et les plus éminentes de la culture gay. Il vit à Brighton.

A trois heures du matin, au son d’un slow joué au piano, sous un plafond scintillant d’étoiles artificielles, dans le coin le plus sombre d’un bar et sous le regard de tous, deux amants tombent dans les bras l’un de l’autre…
L’un est plus âgé et plus sage. L’autre n’a que dixneuf ans. Des premiers baisers à la proclamation des bans, du mariage à l’acte d’amour et à la fondation d’une famille, tout dans cette histoire est à sa place habituelle. Sauf que ce mariage est un mariage entre hommes.
C’est dans une langue hypnotique et musicale, avec un goût rare pour le détail baroque, que Neil Bartlett conte cette fable érotique gay et morale peuplée de personnages énigmatiques, cette histoire d’amour fou empreinte de crudité parfois, de romantisme souvent, mais aussi d’une compassion admirable.

Cela se passe à Londres, dans le monde ancien quand les gays n'existaient pas encore. Dans une petite partie de ce monde et de ce temps vivent et s'égayent folles et homos, tous semblables tous différents sous le plafond étoilé du Bar, frères et rivaux dans un grand ballet nocturne au goût d'éternel recommencement, où chacun se cherche et cherche l'autre, désir de vie et d'amour. le Bar c'est une société où viennent se briser les solitudes du jour, un lieu de liberté offerte à la clientèle en gage d'avenir. On y sent approcher, imminentes, les années de libération, mais la peur et la violence sont là, coups de couteau réguliers dans le texte pour rappeler l'oppression et le ghetto. le SIDA non plus n'existe pas encore, la haine, elle, a été de tous les temps. L'histoire qui a ce paysage pour cadre est une histoire d'amour qu'on aurait envie de qualifier de toute bête. O et P'Tit Mec vont construire leur amour, différents et indifférents, seuls et entourés, Bartlett l'écrit avec intensité, méticulosité. Il mêle aux détails d'un quotidien réaliste, voire trivial, les codes et les épreuves d'un monde initiatique qui oblige les êtres à s'élever. Figures symboliques, Mère et Père permettent, volontairement ou non, aux deux amants de franchir des étapes existentielles jusqu' incarner un couple de notre mythologie.
On retrouve en écho du titre original cette phrase dans la dernière partie du livre Si jamais P'Tit Mec était tombé je sais qu'O aurait été là pour voler à sa rescousse, tout de suite et que ses bras auraient été assez forts pour le relever. Une phrase que l'on découvre comme une clef-de-voûte, elle paraît pas grand'chose alors qu'elle tient l'édifice. Bref, comme dans un vrai roman d'amour.
Oui, c'est un livre qui donne de la force et de l'amour.

Bollée et Rossi : B.D : Deadline.


B.D drame et romance GAY . Deadline : 8/10
Camp d Anderson, Georgie, août 1864. Dans cette gigantesque prison à ciel ouvert, alors que la guerre de Sécession fait rage, le monde se divise en deux catégories : les geôliers sudistes et les captifs nordistes. Entre les deux, la deadline. Le prisonnier qui franchit cette ligne gagne un aller simple pour l enfer. Parmi eux, un soldat noir au calme insolent, le regard fier, intrigue le jeune confédéré Louis Paugham, affecté à la surveillance du camp tombe raide amoureux d'un beau noir prisonnier du camp d'Andersonville et qui va être la première victime du KuKu Klan. Notre jeune héros gay va passer sa vie à venger la mort de son homme.
Sur fond de guerre civile américaine, Laurent-Frédéric Bollée signe avec Deadline un western gay et intime qui prend aux tripes, sublimement mis en images par un habitué du genre : Christian Rossi, héritier direct de Jean Giraud et probablement l un des meilleurs dessinateurs de sa génération.
Décembre 1901, le loup solitaire Louis Paugham assassine John C. Lester, co-fondateur du Ku Klux Klan…
Août 1864, la jeune recrue sudiste Louis Paugham est gardien dans un camp où s'entassent les prisonniers nordistes…
1855, l'enfant Louis Paugham assiste au meurtre de ses parents par des bandits noirs avant d'être recueilli et élevé par un érudit prêchant l'abolition de l'esclavage…
Cette bande dessinée de 82 pages jouent sur les allers-retours entre le présent et le passé pour nous conter comment l'orphelin est devenu soldat et comment le soldat est devenu déserteur avant de devenir meurtrier, mais elle aussi centrée sur la Guerre de Sécession qui opposa mortellement une oligarchie industrielle exploitant un prolétariat immigré et une oligarchie agricole exploitant des esclaves importés (plus les choses changent et plus elles restent les mêmes : class warfare of course… MDM). Tout est allégorie, un peu trop d'ailleurs, autour de la deadline séparant :
- la paix de la guerre
- les hétérosexuels des homosexuels
- les Blancs des Noirs
- les bourreaux des victimes
- les gardiens des prisonniers
- la civilisation de la barbarie

- les gens jugés « normaux » des gens jugés « anormaux »
C'est à la fin de son parcours que Louis Paugham franchit enfin les lignes imaginaires dressées par les crevards qui ont toujours voulu diviser pour mieux régner : il s'accepte enfin et accepte enfin le monde qui l'entoure avant de quitter la puanteur mixophobe du Vieux Sud pour gagner en paix l'usine à rêves californienne…
La belle histoire de Laurent-Frédéric Bollée reprend les thèmes engagés, un peu trop d'ailleurs, des westerns des années 1970 avec les méthodes de narration du western sergioleornien des années 1960. Pour ne rien gâcher, on reconnaît bien le talent de Christian Rossi qui ici associe joliment dessins presque photoréalistes et couleurs délavées 

jeudi 25 août 2016

Joe R. Lansdale : Tsunami mexicain



Gardien dans une usine de poulets et séparé de Brett, sa petite amie, Hap sombre tranquillement dans la monotonie. Rien de tel qu'une baston sanglante avec un psychopathe drogué jusqu'aux yeux et sur le point de violer une jeune pucelle innocente pour le sortir de la routine... Quand il s'avère que la demoiselle en question n'est autre que la fille de son employeur et que ce dernier offre à notre héros 100 000 dollars en guise de remerciement, Hap pense que son jour de chance est enfin arrivé... Décidé à profiter de cet argent acquis à la force de ses poings, Hap embarque Leonard, son fidèle compagnon, pour une croisière dans le golfe du Mexique. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que Hap et Leonard dans un bateau, ce n'est pas tout à fait " la croisière s'amuse " : avaries diverses et variées, flics véreux, mafieux inhumains, beauté fatale et vénéneuse... Rien ne leur sera épargné. Qui a dit que les vacances étaient faites pour se reposer ?

Si ce "Tsunami mexicain" démarre sur les chapeaux de roues avec une baston saignante, la suite de cette nouvelle aventure ronronne un peu. L'intrigue n'est pas vraiment captivante et on ne peut pas dire qu'elle soit bien menée. le récit traîne en longueur et l'aspect policier du roman ne présente pas un grand intérêt. En fait, je n'ai guère été étonnée de découvrir, à la fin de l'ouvrage, que Lansdale avait repris certains éléments d'une nouvelle pour composer ce roman. Cela se ressent clairement dans la façon dont l'intrigue est menée (une succession de situations reliées entre elles de façon parfois un peu forcée) et dans le rythme du récit, assez plan-plan, ce qui est un comble quand on sait de quoi est capableLansdale.
Malgré cette grosse faiblesse narrative, "Tsunami mexicain" reste une lecture plaisante. Hap et Leonard sont toujours Hap et Leonard et c'est un plaisir de les retrouver. C'est un peu comme prendre des nouvelles de vieux potes qu'on a pas vu depuis un bail. Et Lansdale excelle toujours autant dans l'art du dialogue et le sens de la formule. Ça chambre à tout va, les bons mots s'enchaînent.
De plus, Lansdale mitonne encore une fois une galerie de personnages secondaires aux petits oignons.
Grâce aux dialogues percutants et aux personnages bien dessinés, on ne s'ennuie pas, on rit souvent. Et c'est bien ce que j'étais venue chercher, un moment de poilade avec de vieux amis. "Tsunami mexicain" est loin des meilleurs épisodes de la série Pine et Collins, avec son intrigue faiblarde et sans surprise, il sera vite oublié, mais il m'a tout de même permis de passer un bon moment. C'est déjà pas si mal.